SANS MOI VOUS NE POUVEZ RIEN FAIRE
Jean 15:1-6
Dans son discours d'adieux commencé au chapitre quatorze de l'évangile de Jean, Jésus encourage ses disciples à ne pas redouter son départ. Il affirme: "Que votre cœur ne se trouble point, croyez en Dieu, et croyez en moi. Il y a plusieurs demeures dans la maison de mon Père: si cela n'était pas, je vous l'aurait dit. Je vais vous préparer une place." (14:1-2)
Maintenant que son départ est imminent, Jésus révèle à ses disciples, à travers l'image du cep et des sarments, le type de relation qu'ils doivent avoir avec lui s'ils veulent connaître une vie spirituelle puissante. Il affirme:
Moi, je suis le vrai cep, et mon Père est le vigneron. Tout sarment qui est en moi et qui ne porte pas de fruit, il le retranche; et tout sarment qui porte du fruit, il l'émonde afin qu'il porte encore plus de fruit. Déjà vous êtes émondés, à cause de la parole que je vous ai annoncée. Demeurez en moi, comme moi en vous. De même que le sarment ne peut de lui-même porter du fruit, s'il ne demeure sur le cep, de même vous non plus, si vous ne demeurez en moi. Moi, je suis le cep; vous, les sarments. Celui qui demeure en moi, comme moi en lui, porte beaucoup de fruit, car sans moi, vous ne pouvez rien faire. Si quelqu'un ne demeure pas en moi, il est jeté dehors comme le sarment, et il sèche; puis l'on ramasse les sarments, on les jette au feu et ils brûlent. (Jean 15:1-6)
Jésus se présente à ses disciples comme le tronc d'arbre sur lequel sont fixées les branches. Lui est le tronc, ses disciples, c'est-à-dire, ceux qui ont cru en lui, sont les branches de l'arbre planté dans le jardin de Dieu. La branche qui ne porte pas de fruit est retranchée du tronc par Dieu, le jardinier, afin de ne pas gêner la productivité des autres branches. La question troublante est celle de savoir s'il est possible qu'une branche liée sur le tronc, à savoir Jésus, peut demeurer en lui sans produire. Jésus n'est-il pas le prince de la vie? comment peut-on vivre en lui sans produire du fruit?
Jésus réponds: "Demeurez en moi, et je demeurerai en vous. Comme le sarment ne peut de lui même porter du fruit, s'il ne demeure attaché au cep, ainsi vous ne pouvez non plus, si vous ne demeurez en moi." (v. 4). Pour porter du fruit, il faut que nous demeurions en Christ, et qu'à son tour il demeure en nous. Ici, Jésus ordonne une relation réflexive; il ne demeure que dans la vie de ceux qui choisissent de demeurer en lui. Selon le texte, l'initiative de demeurer ou de ne pas demeurer en Christ est laissée à la liberté de l'homme. Le Christ ne demeure que dans la vie de ceux qui se décident en faveur de lui.
Notons chers frères et sœurs le respect que Christ accorde à notre individualité. Le Seigneur ne nous impose pas sa volonté. Il sait que notre vie spirituelle ne peut être viable que quand nous produisions du fruit. Il sait aussi que nous ne pouvons porter du fruit de nous mêmes sans son aide, mais il choisit de ne pas nous imposer sa volonté, de nous imposer ce qui est bien pour nous sans notre volonté. Le Christ se limite à nous rendre conscient de notre besoin spirituel, de notre incapacité à y répondre, et de sa disponibilité. Mais il nous laisse le choix de demeurer en lui, ou au contraire de ne pas demeurer en lui. Remarquez combien il respecte notre décision de choisir pour ou contre lui. Toutefois, il ne cache pas les conséquences qui suivent notre décision pour ou contre lui. "Moi, je suis le cep; vous, les sarments. Celui qui demeure en moi, comme moi en lui, porte beaucoup de fruit ... Si quelqu'un ne demeure pas en moi, il est jeté dehors comme le sarment, et il sèche; puis l'on ramasse les sarments, on les jette au feu et ils brûlent. (vv.5-6)
Mais que signifie demeurer en Christ?
Le verbe grec menô qui se traduit par demeurer, a dans le Nouveau Testament le sens de "rester, habiter, subsister, exister, attendre." Dans le langage imagé du texte que nous avions lu (Jean 15:1-6), demeurer signifie dépendre, vivre. Demeurerez en Jésus dans Jean 15:1-6 peut se comprendre comme dépendre du Christ, vivre en Christ.
En effet, pour porter du fruit, la branche dépend de la sève qu'elle reçoit du tronc de l'arbre. La sève qui coule du tronc vers la branche, ne permet pas seulement à celle-ci de porter du fruit, mais surtout de rester en vie. Sans la nourriture qu'elle reçoit du tronc, la branche devient sèche, et il est évident qu'une branche sèche ne peut donner du fruit.
Jésus utilise l'image de la dépendance de la branche sur le tronc de l'arbre pour illustrer la dépendance spirituelle de ses disciples sur lui. "Car sans moi vous ne pouvez rien faire." (v. 5)
Oui, Jésus oblige ses disciples à porter du fruit, à en porter davantage, mais aussi il insiste qu'ils ne peuvent en porter sans lui. En d'autres termes, Jésus oblige ses disciples à devenir des parasites spirituels. Nous savons qu'un parasite par définition, est un être qui vit au dépend d'un autre être, c'est-à-dire un être qui puise les substances pour sa survie de l'organisme d'un autre être dans lequel il habite. En d'autres termes, le parasite ne peut exister de lui-même en dehors de l'existence de l'être dans lequel il tire sa subsistance. Jésus fait savoir à ses disciples que sans lui il ne peuvent rien faire, c'est-à-dire qu'en dehors de lui, ils n'ont pas d'existence spirituelle.
Oui, les paroles de Christ sont vraies: "Car sans moi vous ne pouvez rien faire." La conversion à Christ, la vie chrétienne, la recherche de la spiritualité sont impossibles sans la totale dépendance du chrétien sur le Christ. Jésus ramène toute les dimensions de la vie de ses disciples sur sa personne. "Car sans moi vous ne pouvez rien faire" signifie que sans le Christ, sans son action, personne ne peut se convertir. Sans le Christ, personne ne peut vivre une vie spirituelle puissante. Sans le Christ, personne ne peut obéir aux exigences de Dieu.
L'apôtre Paul a bien compris la dépendance du croyant sur le Christ. Il écrit: "Ce n'est pas à dire que nous soyons par nous-mêmes capables de concevoir quelque chose comme venant de nous-mêmes. Notre capacité au contraire, vient de Dieu." (2 Cor. 3:5) Aux philippiens il écrit: "Car c'est Dieu qui produit en vous le vouloir et le faire, selon son bon plaisir." (2:13) Et plus loin, "Je puis tout par celui qui me fortifie." (4:13)
Frères et sœurs, pour vivre une bonne vie spirituelle, nous devons comprendre que c'est en Christ que se trouve le secret d'une vie spirituelle efficace. Notre bonne volonté, notre décision d'abandonner tel ou tel péché est louable, mais ne peut produire aucun résultat spirituel durable. Notre vie spirituel n'est pas le produit de notre bonne volonté ou de notre effort. Ne constatons-nous pas comment le péché est plus fort que notre bonne volonté? Combien de fois n'avions-nous pas pris l'engagement d'améliorer notre comportement? de devenir de bonnes personnes? d'abandonner tel ou tel péché? Mais ne remarquons-nous pas que plus nous nous décidons de devenir meilleurs, plus nous devenons pires? "Car sans moi vous ne pouvez rien faire" nous rappelle que notre vie dépend du Christ, et qu'en dehors de lui notre bonne volonté est inefficace. Oui, sans la foi en Christ, nous pourrons avoir la volonté de vouloir, mais nous n'aurons jamais la capacité de pouvoir. L'apôtre Paul nous fait part de l'amère expérience de son combat intérieure entre sa capacité de vouloir le bien, et son incapacité faire le bien. Dans l'épître aux Romains, au chapitre 7:14-25, il écrit:
Nous savons, en effet, que la loi est spirituelle; mais moi, je suis charnel, vendu au péché. Car ce que j'accomplis, je ne le comprends pas. Ce que je veux, je ne le pratique pas, mais ce que je hais, voile ce que je fais. Si ce que je ne veux pas, je le fais, je déclare, d'accord avec la loi qu'elle est bonne. Maintenant, ce n'est plus moi qui accomplis cela, mais le péché qui habite en moi. Car je le sais: ce qui est bon n'habite pas en moi, c'est-à-dire dans ma chair. Car je suis à même de vouloir, mais non pas d'accomplir le bien. Je ne fais pas le bien que je veux, mais je pratique le mal que je ne veux pas. Si je fais ce que je ne veux pas, ce n'est plus moi qui l'accomplis, mais le péché qui habite en moi. Je trouve donc cette loi pour moi qui veut faire le bien: le mal est présent à côté de moi. Car je prends plaisir à la loi de Dieu, dans mon for intérieur, mais je vois dans mes membres une autre loi, qui lutte contre la loi de mon intelligence et qui me rend captif de la loi du péché qui est dans mes membres. Malheureux que je suis! Qui me délivrera de ce corps de mort? Grâces soient rendues à Dieu par Jésus-Christ notre Seigneur!...
Ce jour le Seigneur nous appelle à centrer notre vie spirituelle sur sa personne. Il nous appelle à dépendre sur lui, non seulement spirituellement, mais aussi socialement et moralement. Le Seigneur veut que tout notre être lui soit soumis afin qu'il soit celui qui produit en nous le vouloir et le pouvoir, selon son bon plaisir.
Il est temps pour que nous lui fassions connaître nos échecs, nos habitudes coupables, nos péchés que nous avions confessés bien de fois, mais qui continuent à revenir. Soyons sincères, faisons connaître au Seigneur les péchés que nous haïssons, mais qui reviennent malgré nos efforts et notre bonne volonté. Mais soyons encore sincères, faisons lui aussi connaître les péchés que nous faisons semblant de confesser, mais que nous ne sommes pas prêt à abandonner, parce que nous les aimons. Oui, soyons sincères avec nous-mêmes, et soyons sincères avec le Seigneur, avouons lui notre faiblesse et il nous viendra en aide. Comme l'a dit saint Augustin, "Dieu donne ce qu'il ordonne." Aujourd'hui, le Seigneur qui nous ordonne de porter du fruit afin d'éviter d'être coupé du jardin de Dieu nous donne le moyen spirituel pour devenir spirituellement fertile. Il nous dit de nous rappeler que sans lui nous ne pouvons rien faire. Il nous appelle à nous abandonner entre ses mains afin que lui seul prenne soin de nous et produise en nous le vouloir et le faire, selon son bon plaisir, "Car sans moi vous ne pouvez rien faire."
Que le Seigneur bénisse sa parole!